[Soutenance de thèse] Mira Rahal
Le 12 mai 2026, Mira Rahal a soutenu sa thèse en économie:
‘Comprendre les disparités de genre face au vieillissement en bonne santé en France : la contribution des maladies et des conditions sociales’
Cette thèse a été réalisée sous la co-direction de Pierre-Yves Geoffard et Emmanuelle Cambois.
Jury:
• Bénédicte Apouey, Paris School of Economics (Examiner)
• Emilie Counil, INED (Examiner)
• Clémentine Garrouste, Paris Dauphine University (Referee)
• Owen O’Donnell, Erasmus University Rotterdam (Referee)
Résumé:
Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais passent davantage d’années avec des restrictions d’activité, un paradoxe bien documenté. Cette thèse s’interroge sur la contribution des maladies chroniques et de conditions sociales aux disparités de genre dans le vieillissement en bonne santé en France. Dans le cadre du processus d’incapacité, elle cherche à identifier quelles maladies expliquent l’excès de restrictions chez les femmes, et si celui-ci relève d’une prévalence plus élevée ou d’un impact plus invalidant. L’analyse couvre les âges à partir de 50 ans et met en lien ces vulnérabilités de santé avec les réformes des retraites. Trois études sont menées sur des données françaises récentes, en approches transversale et longitudinale. Le premier chapitre évalue la contribution de huit catégories de maladies chroniques aux limitations d’activité chez les 60 ans et plus, à l’aide des enquêtes CARE (2015–2016), selon le genre et la catégorie socioprofessionnelle. Les maladies musculo-squelettiques et cardiovasculaires en sont les principaux contributeurs, les premières ainsi que la dépression étant plus fréquentes chez les femmes, les secondes chez les hommes. Analyses d’attribution et de décomposition montrent que les disparités s’expliquent avant tout par des différences de prévalence : chez les femmes, la prévalence plus importante des maladies musculo-squelettiques, de la dépression et des maladies neurodégénératives contribue à leur excès de limitations ; chez les ouvriers et agriculteurs, celle des maladies musculo-squelettiques et cardiovasculaires explique leur désavantage par rapport aux cadres.Le deuxième chapitre se concentre sur les troubles musculo-squelettiques et les symptômes dépressifs, notamment en raison de leur plus grande prévalence chez les femmes, chez les adultes de 50 à 69 ans, en mobilisant les données longitudinales de CONSTANCES. L’étude élargit l’analyse aux restrictions d’emploi, appréhendées à travers le statut « ni en emploi ni à la retraite » (NENR). Les deux conditions augmentent le risque de survenue et de persistance des limitations d’activité et de passage au NENR. Aucune différence de genre n’est observée dans l’effet de ces conditions : le désavantage des femmes tient à leur plus grande exposition, non à un impact invalidant plus fort. xii Le troisième chapitre prolonge la question des restrictions d’emploi dans le champ des politiques publiques, en examinant si les effets du relèvement de l’âge de la retraite sont hétérogènes selon l’état de santé passé. L’étude analyse si les personnes ayant des antécédents des pathologies étudiées précédemment sont davantage exposées au NENR suite à la réforme de 2010. En combinant CONSTANCES avec les données de la CNAV en doubles différences, l’analyse met en évidence une hétérogénéité pour les trois pathologies, les résultats les plus robustes concernant la dépression, plus fréquente chez les femmes et pour laquelle les dispositifs de départ anticipé demeurent limités. Les résultats montrent que les disparités de genre dans les restrictions d’activité s’expliquent davantage par la prévalence plus élevée des maladies musculo-squelettiques et des troubles de santé mentale chez les femmes. Les maladies cardiovasculaires, plus liées à la charge des hommes et au gradient social, contribuent aussi aux limitations d’activité. La distribution inégale de ces maladies reflète des vulnérabilités biologiques mais aussi des conditions sociales, notamment les expositions professionnelles et les responsabilités domestiques. Ces résultats appellent à renforcer la prévention et la prise en charge pour favoriser le vieillissement en bonne santé et réduire les inégalités, et soulignent la nécessité d’intégrer l’hétérogénéité des profils de santé dans la conception des réformes des retraites.